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Les vieux cahiers d'Alexandre

Feuilles sauvées de l'oubli
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Trades et son Moulin

Trades est une petite commune du haut Beaujolais situé à la limite septentrionale du département du Rhône. Elle fait partie du canton de Monsols et de l’arrondissement de Beaujeu. En contrebas du petit bourg coule la Grosne Occidentale. Sur la rivière, un ancien moulin jouxte une ancienne gare. L’histoire du moulin de Trades est liée à l’histoire de deux familles : celle de ses propriétaires BOYER ou de BOYER seigneurs de Trades d’une part, celle des MORIN, longue lignée de meuniers qui l’ont exploité sans interruption de 1736 à 1895 d’autre part. Le moulin et ses dépendances passent ensuite entre les mains de branches familiales alliées diverses de successions en successions.

D’après ARCELLIN[1], la lignée du seigneur de Trades remonte à un Jean BOYER, juge-mage de Cluny (début XVIème). Autre Jean, son fils, seigneur de Champlecy fut lieutenant général au bailliage de Mâcon en 1558. Vinrent ensuite Thomas BOYER, lieutenant général à la justice de Cluny en 1620 puis autre Jean, seigneur de Trades, conseiller garde-scel au bailliage et présidial de Mâcon (1655). Archambaud de BOYER, seigneur de Trades, également conseiller garde-scel au bailliage et présidial de Mâcon (1686). Enfin, Pierre de BOYER, seigneur de Trades qui se fit pourvoir d’une charge de secrétaire du roi. Fin XVIIème on trouve un chevalier de BOYER, diaco de Malte connu sous le nom de commandeur de Ruffé. Ces de BOYER eurent pour fiefs Champlecy, Trades (par les Charreton au XVIIème), Ruffé (par alliance avec les Vaillant de Ruffé), Mercey (par alliance avec les Chenard en 1695). Trades est ensuite passé aux Quarré de Champigny et Mercey aux Noly. Leurs armes furent : d’or, au chevron d’azur, accompagné de trois larmes de gueule (var.: de même), deux en chef, une en pointe. Voilà pour les BOYER.

[1]Adrien Arcellin, 1866, Indicateur Héraldique et Généalogique du Mâconnais. Paris , Mâcon. Aubry et Durand Imp. 2ème édition pp. 60-62.

La généalogie des MORIN -telle qu’on a pu l’établir à ce jour- remonte à Honoré MORIN marié à Antoinette GOBET de Saint-Xphe-la-Montagne dont est né Jean MORIN marié en 1706 à Benoîte PELLETIER de St-Xphe. De ce dernier couple est issu le premier MORIN meunier à Trades : Claude Philibert. Celui-ci épouse Marie PERRAUD de Tramayes en 1734 puis prend en main le moulin deux ans plus tard comme en témoigne le contrat d’amazage de 1736 passé entre le couple MORIN-PERRAUD et Pierre de BOYER. A Claude Philibert succède Joseph marié à Catherine GONON en 1761, puis Philibert marié à Claudine BRAILLON en 1782, puis enfin Pierre Etienne marié à Marie CANARD en 1813. Ce Pierre Etienne a notamment été élu maire de Trades. C’est pendant la révolution française que les MORIN deviennent propriétaires du moulin qu’ils exploitaient par location perpétuelle (amazage) jusque là. Claude Marie, fils de Pierre Etienne, marié en 1856 à Jeanne Marie GAUTIER fut le dernier MORIN meunier de Trades. Il hérite du moulin en 1866. On lui connaît deux enfants : une fille Lucie qui devint religieuse et un fils, Joanny, instituteur à Monsols qui commit une faute (affaire de moeurs ?) assez grave pour démissionner (1914), passer aux assises à Lyon où il fut condamné à huit ans de réclusion. En 1895, Claude Marie vend le moulin à Joseph MARTIN plâtrier à Monsols. La propriété du moulin quitte ainsi la famille MORIN. Ce Joseph MARTIN est l’époux de Lucie POULY, fille de Claude POULY instituteur de Trades et beau-frère de Claude Marie MORIN. A sa mort en 1925, il lègue le moulin à son neveu Eugène MARCHAND homme d’affaire parisien. D’Eugène, le moulin passe à son frère Jules, professeur d’école normale en 1945. Jules qui vit retiré en Bretagne ne peut conserver un immeuble aussi important : il revend le bâtiment principal en 1959 et conserve le petit Batou à son usage de villégiature personnelle jusqu’à sa mort en 1988. Aucun repreneur ne se faisant jour parmi ses dix petits enfants, la Batou est vendu à la mairie de Trades l’année suivante.

Remarque : on trouve également des MORIN meuniers au moulin Pelot de St-Christophe-la-Montagne au début du XVIIIème siècle. Il peut s’agir de la même branche (la souche commune n’a pas été découverte, mais ces deux branches se réunissent par un double mariage MORIN-MORIN).

Histoire du moulin proprement dit.

La construction du moulin de Trades est sans doute antérieure au XVIIème siècle mais le document le plus ancien qu’on connaisse est une copie de la déclaration de la terre pour le Beaujolais faite par Mr Archambaud de Boyer Seigneur de Trades du 30 juin 1688. Cette pièce décrit un moulin à blé, un battoir [2] à chanvre et huile de colza et toutes les terres qui en dépendent. Le moulin apparaît sur un plan terrier de Trades du XVIIIème répertorié sous la cote H105 aux archives départementales de Saône-et-Loire. Il y apparaît sous forme d’un simple petit rectangle dans le coin bas droit du plan avec la mention “Hic moulin de Trades”.

La disposition des lieux donnée par les plan connuefait apparaître qu’une partie de l’eau de la Grosne était détournée dans un bief (canal) à partir d’un petit barrage situé en amont de l’actuel étang. Ce bief à faible pente longeait la rivière à quelques dizaine de mètres de cette dernière jusqu’à une petite retenue. De là, deux dérivations contrôlées par un système d’écluses, la principale vers le moulin dont la grande roue à aubes était installée sur le petit coté sud du bâtiment de la ferme actuelle (Jules MARCHAND, le dernier propriétaire du bâtiment né en 1887 se souvenait vaguement de l’axe fiché dans le mur), la seconde, souterraine, alimentait par dessous le Batou une turbine dont le modèle probable est représenté ci-bas, turbine dont l’axe vertical entraînait directement la meule. L’axe de cette turbine était encore visible en 1990 au centre d’une voûte quasi obturée placée dans la partie basse du mur faisant face à la Grosne.

Il est impossible de connaître les caractéristiques de l’installation principale. En revanche, l’installation du Batou comportait une pierre fixe cylindrique de 2,40 m de diamètre, 50 cm d’épaisseur, évidée en son centre pour laisser passer l’axe en bois entraîné par la turbine, cet axe étant fixé dans sa partie haute sur une poutre. Il entraînait un second axe métallique horizontal, celui-ci entraînant à son tour une petite pierre de meule également cylindrique d’environ un mètre de diamètre et 40 cm d’épaisseur roulant librement sur la face plane supérieure de la première pierre. Cette partie était en fait légèrement évidée pour recueillir l’huile de colza qui ne pouvait se déverser que par une petite saignée latérale.

Il est probable que les meules devaient être remplacées de temps en temps comme l’indique l’estimatif non daté des dépenses faite par le meunier. Il est non moins probable que le moulin ne fonctionnait plus lorsque le dernier MORIN l’a vendu en 1895 car Jules MARCHAND qui avait 8 ans à cette époque et fort bonne mémoire ne se souvenait pas l’avoir vu en service.

Quelques procès :

En 1832, Dame Marie Jeanne BOUVARD veuve de Mr Nicolas Gaston De BACCOT (ou PAISSON De BACCOT ?) rentière et héritière de son mari, lui-même présumé héritier indirect de l’ancien seigneur réclame son dû pour les rentes non versées en vertu du contrat d’amazage de 1736, amazage valant rente perpétuelle. En conséquence, elle poursuit en justice Etienne MORIN et ses frères et soeurs. On a dit que les MORIN ont acquis le moulin devenu bien national lorsque le seigneur de Trades et sa famille ont déguerpi à l’étranger pendant la révolution. Aucune pièce notariée n’est venue confirmer cette affirmation alors que la liasse entière des papiers du moulin nous est parvenue. Il est probable que ladite Dame BOUVARD a été déboutée de son action par le fait que l’amazage ne faisait plus partie du droit républicain et que l’usufruit presque centenaire valait droit de propriété.

Le second procès fut suscité par un litige (“droit d’eau”) entre Joseph MARTIN et son voisin THILLET, procès au motif dérisoire illustrant pleinement l’esprit procédurier de nos ancêtres.

Plusieurs projets d‘“usine” seront échafaudés pour remettre en route le moulin. Aucun ne verra le jour. Joseph MARTIN décédant en 1925, Eugène MARCHAND hérite du moulin comme nous l’avons dit plus haut. Sa tante Lucie POULY en conserve l’usufruit jusqu’à sa mort en 1933. La salle des meules est transformée en appartement où sont logés un oncle et une tante en 1926. La ferme est ensuite louée régulièrement. La portion de la retenue d’eau du moulin (l’écluse) jouxtant le Batou est comblée et transformée en jardin potager. La partie située dans le prés voisin a pu subsister plus longtemps. La transformation du bâtiment du Batou en appartement de trois pièce (deux chambres et une cuisine) date de 1932. Plus rien d’important ne sera entrepris en dehors de réfections mineures avant la vente de l’immeuble à la mairie de Trades en 1989.

Depuis cette date, le bâtiment a été entièrement rénové. Un restaurant, “Le Relais du Vieux Moulin” y a été installé. Les anciennes meules du Batou, dégagées des vieilles cloisons de briques qui les enserraient ont été mises en valeur et le four à pain a été remis en fonction. Contact : relais.du.vieux.moulin@wanadoo.fr tél.:04.74.04.64.03.

[2]Sur les Batou en Mâconnais, voir A. Fargeton, 1960. Matour et Tramayes entre la mère Boitier et la montagne St-Cyr. 2 cantons. Mâcon. Buguet-Comptour Impr. pp. 170.

Galerie de photos et de documents.

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